Colibrije : du cœur à l’ouvrage
Installée depuis toujours à Montreuil et depuis 20 ans à Mozinor, la librairie Colibrije spécialisée dans la vente aux collectivités porte haut et fort les couleurs de la littérature jeunesse. Une mission dont elle se sort avec les honneurs – une gageure à l’heure du smartphone-roi – comme en atteste le recrutement récent de son dixième salarié et la progression de son chiffre d’affaires.
Son acte de naissance précise que la librairie Colibrije a vu le jour en 1999 dans la pépinière d’entreprises montreuilloise, avenue de la Résistance. Un nom de voie éminemment prémonitoire tant il faut aujourd’hui faire acte de résistance pour proposer des livres alors que le smartphone accapare quotidiennement 3 heures de l’attention des jeunes générations. Thomas Courdavault, le dernier des trois mousquetaires à l’origine de Colibrije – les deux autres profitant de leur retraite – livre son état d’esprit : « Si je ne suis pas très optimiste, je demeure enthousiaste. Tant que nous ferons ce métier, nous continuerons de lutter pour attirer les jeunes et les moins jeunes vers la lecture. De là à recommander à mes enfants de suivre la même voie, je ne suis pas certain… » plaisante le souriant directeur général de Colibrije. Le marché du livre traverse en effet une persistante zone de turbulences. Le site spécialisé Actualitté évoque une chute des ventes de 10 millions d’exemplaires en 2 ans. En ces heures d’incertitude pour les libraires, Colibrije affiche une insolente santé avec un chiffre d’affaires (3 M€) en progression de 10% et le rachat de BDNet en octobre 2025.

Les clés du succès
« S’adresser aux collectivités nous aide assurément » indique M Courdavault en précisant qu’elles représentent 80% de son activité. « Même si leurs budgets ne sont pas à la fête, tant qu’il y aura des bibliothèques et des médiathèques, nous continuerons d’exister ». Le libraire de Mozinor est parvenu à se tailler une belle réputation auprès des collectivités notamment en contribuant à l’animation des clubs lecture des bibliothécaires : « Nous les accompagnons dans leurs sélections et leur fournissons des dépôts de livres pour animer leurs ateliers ». Colibrije se targue également de sa très grande connaissance du monde de l’édition, des plus grosses maisons au plus confidentielles. Ainsi l’entreprise a quelques pépites à son catalogue, notamment dans le domaine de l’art. « Notre notoriété incite certains éditeurs à venir directement nous présenter leurs nouveautés. Ils savent bien qu’un livre vendu à une bibliothèque passera entre plusieurs mains, contribuant ainsi au renom de leur maison et de leurs auteurs ». Colibrije a également initié une démarche visant à soutenir les petites librairies indépendantes. Un argument auquel les bibliothèques municipales ou départementales sont sensibles puisqu’il favorise le commerce local. « C’est presque de la politique » explique Thomas Courdavault, l’âme militante. « Ça me semblait important que les petites librairies ne soient pas écartées des marchés publics auxquels recourent désormais beaucoup de collectivités. Lorsqu’une bibliothèque publie un appel d’offres, nous identifions une ou deux librairies à proximité et les contactons pour y répondre conjointement. C’est très vertueux car la bibliothèque sera sensible à l’idée de travailler avec sa librairie de quartier tout en étant rassurée par notre savoir-faire logistique ».
Ainsi, tout en nous ayant indiqué en début d’entretien ne pas avoir de plan de bataille et disposer de peu de leviers d’action pour que vive le plaisir de lire, Thomas Courdavault et son équipe nous démontrent qu’il en ont encore beaucoup sous le pied. La force des enthousiastes…
