Collectif Verre aux éclats : brillant !

Née dans les années 30, notamment sous l’impulsion du Bauhaus, célèbre école d’architecture et d’arts appliquée allemande, la dalle de verre a renouvelé l’art séculaire du vitrail en lui apportant une éclatante modernité. Le collectif d’amatrices et d’amateurs passionnés Verre aux éclats perpétue cette technique dans les hauteurs de Mozinor.

Une main experte et assurée manie le marteau. Sous ses assauts répétés, la dalle de verre abandonne, impact après impact, son initiale forme rectangulaire au profit d’un subtil arrondi aux multiples facettes.

Les dalles sont taillées à l’aide d’un marteau en carbure de tungstène.

Chacune reflète la lumière à sa façon, avec une infinité de nuances selon la couleur du ciel ou la position du soleil. « C’est cette vibration de la lumière à travers les dalles qui fait toute la richesse de cette technique par rapport au vitrail traditionnel » explique Thierry Nadot, président du collectif Verre aux éclats installé à Mozinor depuis janvier 2020. Dix amateurs passionné(e)s se retrouvent très régulièrement dans ces locaux de 95 m² pour tailler des dalles de verre et façonner ainsi, une par une, les différentes pièces de leurs lumineuses créations. L’ultime étape consistera à couler de la résine époxy ou du ciment pour rendre chaque pièce solidaire de sa voisine et donner ainsi au vitrail sa forme définitive. Ici des manifestants de la place Tian An Men, là un vaste escalier en colimaçon, un portrait de Matisse ou encore des sapins. Toutes ces compositions affichent un éclatant moiré dû au fait que les épaisses dalles de verre (22 à 30 mm) soient teintées dans la masse et éclatées en surface.

Selon l’angle de vision choisi ou les caprices du soleil à travers la large baie vitrée de l’atelier, les couleurs des créations varient du dense à l’évanescent. Les multiples éclats résultant de la taille des dalles offrent autant de prétextes à la lumière pour jouer de ses réflexions.

      

Sortir de l’ombre

Non content d’avoir fait entrer le vitrail dans la modernité, la dalle de verre lui a aussi permis de s’exprimer hors du strict cadre religieux pour trouver sa place dans des galeries, des bâtiments civils ou des demeures particulières. Certains artistes, Pierre Soulages et Fernand Léger en tête, ont aussi contribué à donner ses lettres de noblesse à cet art nouveau, contemporain de l’invention du béton. Pourtant, la dalle de verre reste assez méconnue et peu enseignée. Le prix unitaire des dalles – 40 à 50 € selon la teinte choisie parmi les 1500 disponibles – n’y est sans doute pas étranger, d’autant que leur « découpe » génère 25 à 30% de perte. Les fournisseurs se comptent sur les doigts d’une main. En Île-de-France, seul Albertini & Cie, famille originaire de Murano (Italie), produit, depuis trois générations, les fameuses dalles.

Ce déficit de notoriété de la dalle de verre constitue l’une des raisons d’être de Verre aux éclats. Soucieux de ne pas voir cet art se perdre, le Collectif entend transmettre son savoir-faire. « Il faut assurer la relève » indique Christine Boutin. La secrétaire du Collectif et auteure des Manifestants de la place Tien An Men, traduit ici la volonté du groupe d’initier des néophytes à leur art dont les bases s’apprendraient en quelques jours. Verre aux éclats rêve aussi, à moyen terme, de profiter du dynamisme culturel de la ville de Montreuil pour organiser une exposition et faire ainsi sortir de l’ombre la lumineuse dalle de verre.

Le collectif Verre aux éclats a également réalisé un vitrail de Mozinor